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Miossec - Chronique "Finisteriens" 2009

Miossec - Interview 2009




Chronique Album

Miossec - Chronique Album "Finisteriens" - Pierre Derensy


Pendant toute mon enfance j’ai vécu avec des chanteurs merveilleux. Les habitués du grand échiquier et du top of the pops. J’étais presque fils unique. Mon frère venait de mourir en Algérie alors qu’il n’y avait plus de guerre, qu’il n’y en a jamais vraiment eu d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, je puisais dans sa caisse de vinyles des trésors d’adultes cachés qu’il ne pouvait plus me refuser et dont mes parents n’avaient pas la moindre idée de ce qui s’y trouvait (nous étions très RTL à la maison).

J’accédais, peut être trop vite, en autodidacte, à un pêle-mêle qui prenait de la place dans une chambre. Entre Pink-Floyd et Brel, je ne savais pas que l’on pouvait chanter d’une autre manière qu’avec de la rage et du sang, chanter sans y laisser sa peau, aimant creuser des scarifications plutôt que de voler léger sur un 45 tour qui ne verrait pas de lendemains.

Eternel enfant de l’amour et touche à doux, MiosPour moi un disque, c’était un album qui se décomposait en 2 faces et 3 mouvements.

1) L’attente de la sortie, trépignant sur le calendrier comme un chiasseux qui trouverait les toilettes fermées ;

2) le bonheur d’entendre enfin le son comme un amoureux qui se verrait triomphant entre les lèvres d’une femme ;

3) le plaisir de comprendre après coup toute la beauté de la vie par des microsillons qui emmenaient l’auditeur attentif plus loin qu’une simple ville de province.

C’était des heures tournées en boucle, c’était aussi un derviche tourneur s’arrêtant sur des pochettes pleines de sens, des mots crues et une école de la rue sans grand danger. Je pensais qu’être artiste ce n’était franchement pas la joie mais alors putain, ha ouais, quel plaisir de souffrir pour l’humanité. Inutile de préciser que mon adolescence fut difficile.

Quand on a connu le caviar et le service princier c’est compliqué d’apprécier la terrine de foie et l’évier commun. Même pour s’intégrer à un groupe. Je maudissais soudain mon ainé canné et cherchais du positif aux chanteurs à doubles prénoms commençant ou finissant par François. Je suis arrivé à l’âge adulte avec quelques certitudes. Qu’il fallait mieux être seul que mal accompagné. Qu’il n’y avait pas malice à se singulariser et qu’enfin les bons disques ne se trouvaient pas sous le sabot d’un cheval (même gagnant dans la dernière).

Et Miossec, depuis « Boire » c’est un compagnon de route qui ne m’a jamais déçu. Jamais eu un coup de canif dans le contrat. Sur le papier c’était simple : lui donnais ses chansons de galériens et moi, de mon coté, j’essayais par quelques mots de lui fournir une troupe d’esclaves à ses rimes et sa manière de dire. Des fois j’ai pensé qu’il me prenait pour un con mais je sais que lui aussi se perdait et que même dans ses moments là, cela surnageait largement au dessus de la ligne de flottaison du marché.

Le monde de Miossec c’est des thématiques sans manières, une ligne de conduite rigoureuse, de la gueuze que l’on aime aimer, une même salope ménagère qui s’est barré, des histoires basées sur le quotidien qui abime chacun, avec des personnages plus préoccupés de savoir si leur carte bleu passera à la caisse plutôt que par la tournure de la couche d’ozone.

Un poète qui s’entête à croquer des joueurs de troisièmes divisions, l’intérieur dévasté d’une maison ou le voisin de palier d’une tour HLM. Clopin-clopant, en septembre de cette année, il nous livrait « Finistériens ». Quand on a déjà son parcours, il n’est pas rare de juger de la qualité d’un disque par un « bon » ou « mauvais » cru. Le temps allait-il tourner en vinaigre ce que l’on avait aimé hier. Plus ou moins vite. Et là, la concurrence pouvait se faire du mouron car même en cherchant bien : il n’y avait rien à jeter.

Contractant comme peau de chagrin des textes, demandant coup de main à un copain musicien (et pas n’importe lequel) pour embellir sèchement d’un piano, d’une guitare, une voix oxydable. Après un Miossec devenu Miochette via un brest-of dispensable, le patron reprenait sa place à la table de « je ». Je pouvant devenir nous et les autres de notre espèce.

Partant grande voile sur la mer, pleins d’espoirs que l’on reconnaisse encore le génie dans ce maelstrom de vide, rencontre entre un français moyen qui a trouvé sa voie derrière un micro, ce qui ne le rend pas plus à l’aise pour répondre à des questions et son serviteur éternel, moi en l’occurrence, trop heureux d’engager la conversation de toutes petites choses ponctuées de silences évocateurs et de digressions romanesques pour ne pas trop évoquer le fait que la mariée est belle.