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Chronique Album

Miossec - Chronique Album "L' Etreinte" - Pierre Derensy


Certains chanteurs ont la taille patron, c’est un fait. Certains artistes n’ont pas besoin de faire le tour des stades en panoplie de bouffon pour gagner leurs galons de téméraire et de roque ébréché par la vie.

Certains singent une attitude de révolté et c’est très bien, car d’autres et c’est le cas de celui dont je parle, n’ont plus aucune envie de maquiller la réalité.

Eternel enfant de l’amour et touche à doux, MiosMiossec est donc ce fameux gaillard dépassant aujourd’hui la quarantaine, qui après avoir fêté dignement avec « 1964 » son passage chez les quadra revient pour une « Etreinte » admirable qui zigzag entre la fureur et la douceur. Christophe Miossec est, fut serait plus juste, victime du premier album intouchable. Il lui fallut donc attendre 4 essais tous de bonne facture mais en deçà, pour franchir une hauteur jamais égalée depuis « Boire ».

Prenant des risques qu’il faut saluer, c’est dans un climat dépouillé au niveau des textes (jamais il n’avait écrit aussi bien des choses aussi fortes dignes de coups de poignards) qu’il offre son recouvrement artistique.

Entouré d’une bande d’audacieux (Jean-Louis Pierot, Les Valentins, Robert Johnson) c’est surtout dans la manière de mettre toutes ses fuites en musique qu’il atteint les sommets.

Entre chansons brutes de décoffrage comme «Mes Crimes : le Châtiment » ou « Quand je Fais la Chose » qui mettent des coups de pieds dans la fourmilière c’est par une très belle chanson à sa mère qu’il intitule sobrement « Maman » ou par « La Mélancolie », émouvante et honnête complainte aux démons du chanteur, qu’on s’aperçoit de tout le chemin parcouru et de tout l’humus accumulé qu’il utilise pour faire germer une nouvelle herbe sauvage. Prenant dans ses filets brestois l’auditeur, ses 13 chansons sont toutes inédites dans la forme, même si le fond reste le même : il innove donc tout en restant ce pilier inoxydable malgré le sel des larmes qui coulent du début à la fin de l’album.

Du joyau brut (et parfois bourrin) qu’on voyait depuis longtemps en lui, il se fait ici étendre sciemment et consciencieusement pour raconter ses ruptures, ses failles, ses fuites et faiblesses mais d’une manière inattendue. De toute façon peut importe le flacon pourvu que nous ayons l'ivresse.

Ce poète sarcastique s’est en plus payé le luxe de demander à Paul Bloas d’illustrer la pochette et le livret, les dessins de l’artiste mettent tellement en valeur l’objet qu’il est indispensable de l’acquérir car l’écrin est aussi captivant que la parure. « On peut parfois toucher au sublime comme on peut partir les pieds devant » dit-il, espérons pour lui que la première option soit la bonne.