Romane Serda - Festival Les Terre Neuvas 2005

Romane Serda - Interview 2007




Interview

Romane Serda - Interview - Pierre Derensy


Voilà le nouveau disque de Romane Serda qui arrive plus ou moins simultanément avec les premiers bourgeons de printemps. Ce disque sent le bois, les saisons encore fraîches mais avec l’espoir de soleil. Après 50 000 exemplaire de son premier disque, après être passéedu stade de fille à celui de mère, après un mariage heureux (donc pluvieux), laissons « Après la Pluie » courir sur les chemins forestiers..

Pierre :
La petite fille que vous étiez avait elle rêvé de ce conte de fée qui la voit déjà faire son deuxième disque en 3 ans ?
Romane Serda :
La petite fille non car je n’osais pas penser que je puisse faire ce métier. J’aimais le coté coulisse plus que le coté scène. J’avais envie de travailler dans la musique, de faire du son, d’être technicienne. J’ai commencé d’ailleurs de cette manière, en étant régisseur, en travaillant en radio. Je voulais continuer là dedans mais de rester cachée. Et puis un jour petit à petit j’ai pris confiance. Il m’en fallait beaucoup. Des copains m’ont demandé de poser une voix sur leur chanson et je me suis rendu compte que c’était super chouette de chanter. Un autre groupe d’amis qui faisait un concert au Gibus m’a demandé de monter sur scène pour chanter une chanson avec eux et j’ai ressenti quelque chose que je ne connaissais pas. Un sentiment qui m’a plu.
Pierre :
C’était le meilleur moyen de ressentir des sensations enfouies ?
Romane Serda :
Oui et de braver ma timidité, mes pires démons. J’aimais pas ma voix, j’étais le genre « ne me regardez pas » et avec cette révélation qui est peut être un truc de maso, je me suis surpassée. Du coup, ayant pris mon pied à chanter, j’ai pris des cours de chant. En essayant, comme un sportif, d’entretenir et de s’entraîner pour avoir la note que je veux, avec la rapidité que je veux et de gérer tout ça. Je me suis donc ruiné en cours de chant avec madame Charlot. Pour rien, car a l’époque, je ne chantais pas spécialement. Mais c’était pour le plaisir. Petit à petit je me suis acheté du matériel, à enregistrer dans mon coin, à chanter sur des bandes play-back. Et surtout pour présenter à des auteurs-compositeurs que j’avais repérés.
Pierre :
Ensuite l’Angleterre et les bars enfumés, comment une petite française s’est elle faite à la vie anglaise entre « London, Glasgow et Dublin » ?
Romane Serda :
J’ai enregistré des maquettes là bas mais cela ne voulait rien dire : imaginez une française qui chante de la pop anglaise avec un petit accent français. J’aurais peut être du enregistrer quelque chose de plus typiquement français. A l’époque, j’avais envie de pousser la voix, et mes influences de cette époque était plus Sheryl Crow et Alanis Morissette et je voulais ça...
Pierre :
Vous êtes rentrée parce que l’Eldorado musical anglais ne vous convenait pas ?
Romane Serda :
C’est une histoire d’amour qui s’est terminé là bas…. Et puis du coup effectivement je voulais retrouver mes racines, rentrer en France, retrouver ma famille, arrêter de dépenser des fortunes en téléphone, avoir les derniers livres sortis et pas 6 mois après, de retrouver ma culture. Je suis rentrée avec mes démos anglaises et j’ai démarché en toute modestie chez Mercury. Ils m’ont rappelé. Je m’attendais à tout sauf à ça. Je le faisais pour me donner bonne conscience mais sans aucun espoir. Les choses ont un peu évolué mais pas abouti avec eux. Ca a traîné. J’ai enregistré entre mon retour en France et l’arrivée de Renaud dans ma vie une trentaine de chansons avec un auteur-compositeur mais ça a foiré car il me demandait une exclusivité sur 3 albums. C’était beaucoup trop. Je voulais en plus composer et écrire. J’ai donc remisé ces chansons dans le placard et je suis passée à autre chose. Encore une fois à zéro. Et les choses font que j’ai eu de la chance.
Pierre :
Le titre de votre nouvel album « Après la pluie… » laisse le choix à l’auditeur d’y inscrire plein de choses à la suite de ces trois points de suspension ?
Romane Serda :
Oui. On peut le penser comme un apaisement. Dans ma vie je n’ai pas traversé des temps pluvieux ou orageux. Ma vie est quand même assez tranquille. L’idée d’après la pluie, c’est surtout la brillance des couleurs, l’émergence d’odeurs, l’idée aussi que tous les sens se réveillent et la vie devient belle. C’est en tout cas un titre optimiste. C’est aussi le titre le plus joli pour un album, ça aurait été moche de l’appeler « T’étais pas là » par exemple.
Pierre :
Il y a beaucoup de thèmes de l’absence sur votre album ?
Romane Serda :
Hum oui. C’est dingue parce que vous me faites réaliser ça maintenant. C’était inconscient. Effectivement dans « T’es où », dans « Dylan », il y a aussi l’absence de sommeil dans « Nuit Blanche » (rire).
Pierre :
Est ce que c’est à partir du moment où vous avez retrouvé votre père que vous vous êtes reconstruite en tant que femme ?
Romane Serda :
Je l’ai rencontré quand j’avais 18 ans, donc je ne sais pas si c’était un hasard mais à cet age on se révèle, on se réveille dans une conscience d’être une femme.
Pierre :
Vous chantez les mots d’un autre mais pas de n’importe quel autre, quelle impression cela fait quand il vous tend la feuille gribouillée ?
Romane Serda :
Ca me bouleverse. Jusqu’aux larmes pour « T’étais pas Là » ou d’autres et souvent je me dis aussi que j’ai du boulot pour assurer derrière et trouver une mélodie adéquate.
Pierre :
Parfois avez vous des craintes de lui confier certaines choses de peur qu’il en fasse aussitôt une chanson ?
Romane Serda :
Pas en chanson mais par contre il a tendance à raconter sa vie. (rire)
Pierre :
C’est également un album beaucoup plus personnel ?
Romane Serda :
Dans le premier, il y a déjà plusieurs auteurs qui ne sont pas forcément assimilables. On ne peut pas les mélanger. Jean Fauque par exemple j’aurais du tout faire avec lui ou rien mais mélanger Jean à tous les autres, c’était pas génial. Ca n’a pas choqué car il y avait un lien autre mais aujourd’hui je ne le referais sûrement pas. Mais je me suis plus dévoilée dans cet album car Renaud m’a aidé. J’ai tendance à être très pudique. Et le premier album a été écrit par des gens qui ne me connaissaient pas spécialement. A l’époque je ne voulais qu’un beau texte et une belle mélodie. Aujourd’hui je suis plus difficile, je demande un texte qui parle de telle chose. Et quand je ne le demande pas, Renaud écrit en fonction de ma vie, de ce que j’ai dans le cœur, de ce que j’aime et j’aime pas. Il me connaît en tout cas mieux que n’importe qui d’autre. Ma mère pourrait écrire des tas de choses mais elle n’est pas auteur (rire). Ca m’a aidé par sa poésie à me dévoiler. D’ailleurs, au départ quand il me disait, j’essaye de t’écrire une chanson sur telle chose, par exemple sur « Pleure Pas » je me disais qu’il était fou. Qu’il allait me faire un truc pathos, lourdingue, un texte pour faire pleurer les chaumières. Et puis non, il m’a sidéré par sa finesse. Il a ressorti quelque chose de subtil qui me bouleverse… méchamment.
Pierre :
Ce disque vous l’avez enregistré dans un état particulier : Malone n’était pas encore Malone mais finalement n’est ce pas son disque à lui, pour lui ?
Romane Serda :
Tout à fait ! Même si les compos ont été faites avant… sauf 2 où je n’arrivais plus à mettre ma guitare correctement car mon ventre était proéminent. Enceinte j’ai composé "Balade avec Toi" et "Elle et Toi".
Pierre :
Les perceptions d’une femme enceinte se modifient pendant la grossesse, avez vous ressenti plus de doutes, de joies, vous sentiez vous plus forte ou alors au contraire plus fragile ?
Romane Serda :
En tout cas plus de fatigue et moins d’air (rire). Totalement sereine. Le fait d’enregistrer dans un petit studio tranquille comme à la maison faisait que je chantais quand je le voulais. Il n’y avait pas ce coté obligatoire comme sur le premier album où l’on a tout fait en 5 jours et où j’avais du enregistrer 14 titres. C’est un truc impossible ! un marathon. Donc je chantais et le soir jusqu’à 2 heures du matin on faisait la sélection des pistes. C’était trop et je n’ai pas eu le temps de me régaler. Alors que là j’étais en paix totale. Sereine, ravie.
Pierre :
Quand vous préparez l’album, que vous composez, c’est un mélange de bonheur et de difficulté ?
Romane Serda :
De douleur, de souffrance. Quand je compose, je m’énerve. Je monte à l’étage de ma maison où je vais dans le Sud et je m’enferme dans une pièce toute seule avec un dictaphone. J’essaye et j’essaye. Et quand ça ne vient pas je suis rageuse.
Pierre :
C’est l’adolescente perturbée qui refait surface ?
Romane Serda :
Sûrement (rire). C’est jouissif de réussir à mettre une mélodie sur un texte. Il faut que ça emporte. Ca m’est arrivé sur certains titres que ce soit évident mais sur d’autres j’ai bien du faire 15 versions. J’écris, je prends quelque jours de break pour prendre de la distance et quand je me rends compte que ce n’est pas bien, je suis énervée comme personne. C’est très plaisant en même temps cette idée d’arriver au sommet même si on en chie tout le long. Mais on n’en garde pas que des bons souvenirs.
Pierre :
Vous avez Renaud comme producteur, mais sur ce disque on a comme idée que c’est madame qui porte la culotte ?
Romane Serda :
Non, on est tous les deux à égalité. Lui défend son texte, moi j’ai mes exigences. Genre certains mots je ne peux pas les dire, comme « poulbot » ou « marmot » qui ne sont pas dans mon langage. Ce sont des petits conflits de cette sorte. Chacun sait ce qu’il veut mais au final on s’adapte. C’est vrai qu’il a des choses à défendre mais moi aussi.
Pierre :
La fragilité de l’artiste que vous êtes prend elle le pas sur la force de la femme de caractère à quelques jours de la sortie de l’album ?
Romane Serda :
Je suis tranquille. Je suis super tranquille. Ce n’est pas que je sois sure de moi, mais je me mets en retrait. J’ai fais tout avec mon cœur. Je me suis réalisé. Et là aujourd’hui ça va sortir mais j’essaye de ne pas m’angoisser. De toute façon ce n’est pas la fin du monde. J’ai fait cet album de A à Z. J’ai tout suivi jusqu’au moindre détail. J’ai tout donné donc aujourd’hui je ne peux pas faire autre chose que de laisser faire...
Pierre :
La suite logique c’est de partir sur les routes pour défendre votre disque et le proposer au public mais on dirait que cet exercice ne vous plait pas trop ?
Romane Serda :
Là j’attends un peu. Je m’y mettrais après la tournée de Renaud de toute façon. J’attends que Malone fasse ses nuits (rire). Mais c’est compliqué la scène. C’est beaucoup de trac. Là avec le bébé je ne sais pas comment je vais faire. Aujourd’hui, pour le moment je n’ai pas trop envie. Je n’ai pas envie d’être dans ce stress.
Pierre :
Surtout qu’à mon avis cela doit être dur de chanter certaines des chansons de votre disque tellement elles sont fortes ?
Romane Serda :
Ho oui. « Dylan » je la chantais sur scène en avant-première lors de ma première tournée et je me souviens qu’il fallait que je regarde le panneau « sortie » ou la régie pour me sortir de là car sinon j’allais partir en pleurs. Ca aurait été gênant (rire). Pour « Pleure Pas » je vais essayer de travailler le truc.
Pierre :
Les mots de Renaud sont encore plus beaux quand c’est vous qui les chantez.
Romane Serda :
C’est vrai ? ho faut pas lui dire ! (rire)