Interview

Nouvelle Vague - Interview - Pierre Derensy


La suite du projet Nouvelle Vague a pour titre « Bande à Part », toujours à base de reprises de titres post-punk, new-wave des années 80 mais en faisant voyager cette fois ce répertoire dans un autre espace temps : les caraïbes entre 1940 et 1970.

Pierre :
Pourquoi ne pas avoir repris de titres de Chris Conty pour votre nouveau disque (Chris Conty étant un faux chanteur, fausse idole des années 60, dont Canal + a fait un documentaire et auquel Marc Collin participe) ?
Marc Collin :
(Rire) Parce qu’on a enregistré ce disque avant que je ne me souvienne de Chris.
Pierre :
Vous étiez parfait comme acteur en tout cas !
Marc Collin :
Comment ça comme acteur ! je ne faisais que de parler de ma jeunesse. (rire).
Pierre :
Le succès du premier album vous a t’il surpris ?
Marc Collin :
Pour quelqu’un qui vend en général et à tout casser 10 000 disques, c’est évident. 200 000 ça surprend. Je savais que le disque avait un potentiel, tous les amateurs de cette culture new-wave avaient toutes les chances d’être conquis vu que je fais parti du même panel et que j’aimais mon disque, par contre je ne pensais pas avoir un tel retour, notamment au niveau des femmes, des jeunes qui ont adoré sans connaître l’origine des chansons, en aimant le disque pour ce qu’il est : des belles chansons bien arrangées avec des voix de filles.
Pierre :
Le plus beau compliment pour vous ce ne serait pas qu’on dise préférer l’original à la copie et ainsi refaire découvrir certains oubliés ?
Marc Collin :
Plein de gens me disent que mon disque est mieux que l’original mais je ne suis pas d’accord. Disons que c’est étonnant et que cela permet aux non-initiés curieux de donner une nouvelle vie à l'authentique. A l’exception de 2 ou 3 morceaux où notre version est meilleure (rire). Vince Clarke qui a écrit « Don’t Go » nous a avoué préférer notre version. Le plus beau compliment ne peut venir que des gens qui ont composé les morceaux.
Pierre :
N’avez vous pas l’impression parfois de blasphémer des groupes mythiques et vous en fait on le reproche ?
Marc Collin :
Bhen pas tant que ça. C’est ce qu’on nous avait surtout pronostiqué pour le premier : d’avoir tous les punks, les corbeaux gothiques qui nous seraient tombés dessus. Mais finalement je pense que toutes les musiques sont faites pour être reprises, et deuxièmement tous les gens qui sont jusque-boutisstes dans le punk ou le gothique ont été très content qu’on s’intéresse à eux et qu’on reprenne le morceau pour l’offrir du coup au grand public. De toute façon c’est un vrai hommage. Il y a des supers chansons qui sommeillent derrière l’emballage de la tribu qui se les sont appropriées.
Pierre :
Ce deuxième disque démarre aussi sur une idée bien précise de lieu, de temps ?
Marc Collin :
Le premier nous l’avions fait dans l’euphorie de l’idée et du concept des reprises, point barre. Pour le deuxième, nous ne pouvions pas y aller sans réfléchir. En plus je l’ai préparé seul alors que le premier était une vraie collaboration avec Olivier Libaux. Je travaille toujours à partir d’une trame, d’un scénario que j’ai envie de réaliser. Je ne fais pas que de la musique. C’est toute une série de référence : pour celui là, le Retour des Morts Vivants par exemple, m’a fortement inspiré, j'ai cette fois rêvé d’un jeune jamaïcain qui, s'accompagnant de sa guitare sèche, chante « Heart of glass » chez lui dans la chaleur des faubourgs avoisinants Kingston. En parallèle, j'avais aussi dans la tête une autre scène précise : une jeune fille aveugle qui chante "fade to grey" dans les couloirs du métro parisien, seule avec son accordéon dans l'indifférence générale.
Pierre :
Serait ‘il possible qu’un jour ce projet prenne un tout autre sens et adapte des chansons douces en véritables furies New-Wave ?
Marc Collin :
Ce serait possible mais je pense que ce ne serait pas Nouvelle-Vague. Nouvelle-Vague a quand même un son, une ambiance, et surtout un coté émotionnel puissant. Je pense que l’inverse cela ne marcherait pas. J’ai fait assez de projets pour vous dire que je sais produire avec un son new-wave mais je pense que cela serait un truc très rythmique, très dansant mais ce ne serait pas Nouvelle Vague.
Pierre :
Avez vous des problèmes pour avoir le droit de toucher à certaines chansons et en avez vous mis certaines très bonne à la poubelle parce que vous n’aviez pas eu l’accord des artistes ou de leurs ayant droits ?
Marc Collin :
On ne demande rien à personne comme ça cela règle le problème. A partir du moment où le morceau ne change pas, qu’on garde le texte et la mélodie personne ne peut rien dire.
Pierre :
Certains artistes du projet Nouvelle Vague sont partis, d’autres sont arrivés… comment faites vous le choix de vos collaborateurs ?
Marc Collin :
Ce n’est pas un groupe au sens littéral. Personne ne vient jouer guitare-basse-batterie… Nouvelle Vague est un groupe sur scène mais en studio je produis les morceaux seul. J’appelle les chanteurs et les chanteuses en fonction de mes envies sur les titres.
Pierre :
Beaucoup de gens pensent que Nouvelle Vague est une seule voix d’artiste féminine ?
Marc Collin :
Oui je l’ai souvent noté alors que non ! il y en a 8 !
Pierre :
Certaines chanteuses sur ces 8, comme Camille sont devenues tellement célèbres qu’elles ne peuvent plus travailler avec vous ?
Marc Collin :
Pour Camille, cela me fait plaisir pour elle mais en même temps c’est vraiment dommage. Sur le Nouvelle Vague 1, elle était déjà chez Virgin et ils ne m’ont jamais rien dit, au contraire ils étaient très contents. Par contre vu le succès du projet ils ne désiraient plus que leur chanteuse phare vienne remplir les caisses d’une maison concurrente.
Pierre :
L’universalité de la langue anglaise sur votre projet vous permet d’être apprécié partout dans le monde ?
Marc Collin :
Je dirais plutôt que c’est l’universalité de la culture new-wave qui nous permet de jouer partout ! J’ai l’impression qu’on pourrait décomposer notre public ainsi : 50 % qui viennent pour la reprise des originaux et 50 % qui viennent pour le son Nouvelle Vague. Les gens apprécient le groupe. Finalement pour quelque chose d’assez nouveau et d’assez frais, surtout pour un groupe qu’on pourrait qualifier de cover-band. Beaucoup de gens viennent sceptiques nous voir et finalement repartent charmés.
Pierre :
L’avenir pour ce projet et pour vous ?
Marc Collin :
On va encore beaucoup tourner. Faire un DVD live de ces années pour en rendre compte en image, et pourquoi pas un troisième disque ensuite pour boucler la boucle. Sinon moi je travaille sur mon propre album et sur l’album de deux chanteuses du groupe.