Interview

David Salsedo - Interview - Pierre Derensy


Il y a quelques générations, les petits exploitants agricoles se sont regroupés en coopératives pour avoir plus de poids dans les négociations face à un marché en crise. La même idée est parvenue jusque chez Mercury & Columbia. Si l’on vendait mieux les betteraves de cette manière peut être était ce la solution pour défendre des artistes : faire un plateau avec 4 chanteurs : Zoé Avril, Fred, Mauss et Salsedo. Voilà donc dans 5 villes de France, l’occasion d’entendre du neuf. Salsedo, ex Silmarils, va participer au « Road Show ». C’était une bonne occasion de le rencontrer. Mais pas seulement : car son disque solo est bon.

Pierre :
Malgré ce que vous dites sur «si Facile», il me semble que vous avez trouvé votre style ?
David Salsedo :
C’est la première chanson de l’album que j’ai composée et elle résume bien l’état d’esprit dans lequel j’étais. Je savais où je voulais aller sans savoir comment le faire, et surtout savoir si j’allais oser aller au bout de cette approche assez nouvelle. J’ai l’impression que ce que je fais n’est pas commun en France. Finalement, j’ai continué d’avancer et quand j’ai écouté le disque terminé, j’ai eu aussi cette impression qu’il y avait un style qui en ressortait.
Pierre :
Pourquoi dire de « Wine et Pasta » que c’est un disque anti-folk ?
David Salsedo :
Au départ, lors des maquettes, il y avait ce coté bricolo qu’on retrouvait dans l’anti-folk qui est un courant plutôt américain alternatif. Ce courant composé d’anciens punks qui se mettent à jouer du folk, mais dont les thématiques ne sont pas celles du folk traditionnel révolutionnaire des années 70, mais qui tourne plus autour de sa propre vie, de l’ironie….Au fur et à mesure des arrangements, l’album est devenu plus riche et moins dépouillé et moins primaire.
Pierre :
Votre disque est bizarre à mon sens, car il mélange le cynisme et la poésie ?
David Salsedo :
J’ai essayé de gommer le côté cynisme qui était propre à Silmarils, j’ai essayé plutôt de le tronquer et le transformer en ironie, sans devenir un béni oui-oui ou un ravi de la crèche, cela fait 10 ans que je travaille une plume acérée et un regard critique : je ne pouvais pas totalement me changer (rire). Pour la poésie, j’accepte ce que vous dites sans pour autant, comme on peut l’entendre si souvent en France, en faire avec des mots compliqués qui donnent l’impression que c’est de la poésie d’un élève de 4ème.
Pierre :
« Des Fleurs » est une vraie belle chanson poétique ?
David Salsedo :
C’est un texte que j’ai écrit à l’arraché, que je n’avais pas prévu d’enregistrer car je trouvais cette chanson trop intime et trop directe dans ma manière d’aborder les choses, et en fait, Jimmy mon guitariste, celui avec qui j’ai fait le disque, m’a entendu la jouer seul à la guitare et m’a obligé à l’enregistrer. Je suis extrêmement pudique et heureusement qu’il m’a poussé à la mettre sur le CD. C’est limite un courage politique de mettre un solo de guitare à la fin d’un album juste pour le kiff d’un solo de guitare, pour moi c’est un acte militant (rire).
Pierre :
Il y a un vrai clin d’œil aux chansons de Dutronc et Lanzmann ?
David Salsedo :
C’est juste le plus beau compliment du monde ! J’ai encore beaucoup de travail pour trouver cette justesse, cette distance qui leur était propre. J’ai été bercé par eux…
Pierre :
Je vais vous offrir la phrase type du journaliste musical « C’est quand même à 180° de ce que vous pouviez faire avec Silmarils » ?
David Salsedo :
C’était le but ! le groupe existe encore. Quand je veux faire du rock concerné, c’est avec mon groupe que je le fais et je ne voyais pas l’utilité de le faire seul. Le groupe est encore en activité et nous nous sommes offert une parenthèse, je n’avais donc aucune raison d’aller chasser sur les mêmes terres. J’ai un vrai problème de schizophrénie musicale : entre la rage, l’énervement, la colère et d’un autre coté tout ceux que j’adore aussi comme Beck, Grandaddy, Eliot Smith. J’aime aussi ces belles chansons avec des mélodies et des arrangements léchés mais gardant le tout un peu sale. Je n’aime pas quand le son est trop propre. Ce projet, c’était ma manière de réunir ces deux facettes. Je ne désirais pas me réveiller dans 10 ans avec ce regret.
Pierre :
Votre voix notamment marque des belles envolées ?
David Salsedo :
C’est quasiment tout chanté. Il n’y a pas de flow à part sur « Populaire ». Je n’avais jamais réellement chanté sauf sous ma douche, quand je parle de « chanter », c’est le faire avec des vraies mélodies, une voix posée qui porte la chanson. J’étais toujours caché derrière un mur de guitare.
Pierre :
Quand il a fallu composer une équipe de musiciens, vous vous êtes fait plaisir ?
David Salsedo :
J’ai beaucoup de copains qui étaient déjà là sur les différents disques de Silmarils. Pour la petite histoire, je suis fan absolu des Beasties Boys, et Mario Caldato c’est un peu le sorcier du groupe. Nous avons travaillé ensemble pour le groupe, et quand est venu cette idée de disque solo, je lui ai demandé des conseils. De conseiller il est passé producteur, amenant toute la scène de Silver Lake, et voilà qu’ils étaient tous ok pour jouer sur mon disque. L’album était déjà enregistré à 80 % et nous avons refait les batteries là bas et quelques basses. J’avais donc tous mes copains et en plus ce ne sont pas les plus mauvais alors que demander de plus !
Pierre :
Sur quasiment toutes les chansons, il y a énormément de questionnements et je voulais vous demander si c’était ce métier qui attire le doute ou si c’était plutôt dans votre nature ?
David Salsedo :
C’est ma nature. Cela ne se voyait pas avec Silmarils. C’était la scène qui martelait. Alors que ce disque, c’est aussi une façon de faire le point entre ce que je suis et ce que je ne suis pas. Le doute est mon compagnon de travail.
Pierre :
Ce disque, c’est la classe et le rêve américain ?
David Salsedo :
Je ne suis pas assez naïf pour faire la promotion du rêve américain dans son ensemble. Je ne peux pas nier que la musique anglo-saxonne m’a beaucoup influencé, d’outre Atlantique ou d’outre Manche du reste. Mon groupe préféré de tous les temps : cela reste les Beatles. Je suis aussi fasciné par le cinéma et les images de grands espaces que provoque l’Amérique. J’ai grandi avec les séries américaines. C’est une espèce de culture américaine par procuration. Mais c’est plus une idée cinématographique qu’un mode de vie.
Pierre :
Je parlais de l’Amérique car vous avez accepté de participer au RoadShow, ce qui est courant chez eux mais nouveau ici ?
David Salsedo :
Là bas, c’est effectivement ancré depuis les années Flower Power. Bon c’était très basé sur le LSD, et je crois que pour nous, ce ne sera pas le cas (rire). C’est quand même incroyable de voir 2 labels français qui produisent une tournée pour proposer des talents sur scène.
En Concert
Mercredi 12 mars Salle du Laussy 15, rue Victor Hugo 38610 Ville de Gieres
Mardi 18 mars Le Kléo 1, Avenue Le Grand Ramier 31400 Toulouse
Mercredi 26 mars Le Splendid 1 Place Mont de Terre 59000 Lille
Mercredi 3 avril Le Ferrailleur Quai des Antilles 44000 Nantes
Tarif 8 Euros.