Interview

Buzy - Interview - Pierre Derensy


« L’Important (n’est pas d’être important) » voilà le best-of de Buzy qui vient juste de sortir. 40 chansons qui vous permettront effectivement de vous apercevoir qu’il y a en elle l'essentiel et l’immatériel. Le double et son contraire. Les parenthèses du titre prenant toutes leurs importance. Du single modèle heigties d’une adolescente mal dans sa peau représentant un courant alternatif via «Adrian » ou « Dyslexique », Buzy lutte et s’échappe d’une image assignés de la variété et du Top 50 pour proposer à son public des titres tirés d’albums rocks, non calibrés mais primordiaux aux yeux des puristes (il suffit pour s’en convaincre d’entendre « Je suis un Arbre »). Tout chez Buzy est contradictoire mais finalement d’une terrible audace. Ne suivant pas les modes mais les devançant, cet artiste n’aura fait que matérialiser ses envies. Nous pouvons déjà la remercier pour cela.

Pierre :
25 ans de carrière ça fait quoi quand on y pense ?
Buzy :
Rien ! (rire) Ca fait 25 ans de plaisirs et de galères car ce métier n’est pas si simple qu’il n’y paraît. Je suis assez fière d’avoir tenue autant de temps.
Pierre :
Ce best-of tu le conçois comme une page qui se tourne, comme un début ou une fin ?
Buzy :
Je ne me pose pas ce type de question. On m’a proposé de faire cet anthologie de 40 titres, j’ai essayé de le faire le mieux du monde en faisant un tri des chansons que j’aime le plus, en faisant un bel objet. Je ne suis pas tout le temps en train de savoir si c’est Buzy le retour, Buzy la fin… pour l’instant je suis vivante et j’ai toujours envie de faire de la musique.
Pierre :
A mon sens dans ce best-of : le CD 1 c’est l’important au yeux du public et le CD 2 c’est cette parenthèse de que tu aurais aimé être plus important, en quelque sorte te permettre de montrer ta face cachée ?
Buzy :
C’est comme ça que ce disque a été conçu effectivement. L’idée c’était de mettre sur un CD les tubes, les singles, des faces B ou des titres d’albums, avec quelques inédits et le deuxième CD c’est mon petit bonus à moi, c’est pour faire plaisir aux fans et je trouve que ça réveille une autre facette de ma personnalité qui n’a pas forcement été éclairé par les médias.
Pierre :
Ce disque est presque schizophrénique, la femme qui aime la ville et celle qui aime la nature, celle qui joue du piano mais qui tombe amoureuse des guitaristes ?
Buzy :
J’ai fais une bonne négociation des parties entre moi et moi-même (rire). Donc à priori ça va je gère. J’ai joué du piano grâce à ma grand-mère mais c’est vrai que ma passion c’est la guitare. La guitare est un instrument extrêmement rock et sauvage. Pour ce qui est de la ville et de la nature : j’aime beaucoup la ville : je suis très urbaines et pour la nature : j’aime les arbres et ma folie consiste à les mettre dans mon appartement.
Pierre :
Quand on écoute « Adrian » on se dit que c’est une philosophie de vie auquel tu n’as jamais démordue ?
Buzy :
Qu’est ce qu’on à foutre du fric et de la réussite sociale ? (rire) Ca me rappelle qu’à une époque les gens se foutaient de moi avec cette phrase car j’avais le culot de dire cette phrase et paradoxalement d’aimer les belles choses, ce qui implique d’avoir de l’argent. Maintenant au niveau de ma motivation quand je fais de la musique ce n’est pas le fric… Maintenant je l’écrirais sûrement sous une autre forme.
Pierre :
Tu me parlais de ce best-of la dernière fois que l’on s’est vu et tu m’expliquais que le plus dur c’était de faire coexister ta voix de tes débuts et celle de maintenant ?
Buzy :
J’ai commencé avec « Dyslexique » et je m’étais trompé de tonalité. C’était bien trop suraigu et je suis resté planté comme ça pendant 2 albums. Au fur et à mesure des années ma voix est devenue plus grave… je l’ai bien aidé (rire) mais ma voix de maintenant j’en suis fière. Quand j’écoute « Dyslexique » cela m’arrache les oreilles, c’est la raison qui m’a poussé à en faire une version 2007.
Pierre :
« Dyslexique 2007 » je pensais que ce serait une daube revival mais ce titre est l’exemple le plus frappant de l’évolution de ta carrière ?
Buzy :
C’est là où c’était marrant car sur scène je ne l’ai jamais rejoué parce que l’on ne trouvait pas l’arrangement adéquat. A chaque fois qu’on le répétait en studio je trouvais ça ringard. Pour cette version on a trouvé un arrangement très basique. J’étais agréablement surprise. Je l’ai chanté avec une espèce de hargne relativement juvénile avec cette voix grave et ce fut un vrai moment de plaisir. C’était bien de montrer qu’une chanson pouvait bien vieillir.
Pierre :
Sur ce double album il y a des versions inédites pourquoi as tu voulu les incorporer ?
Buzy :
Ce sont des versions que j’ai faites avec Jay Alansky, à l’époque j’hésitais et ce ne sont pas celles là qui sont sortis sur « Borderlove » et le duo avec Corinne «Qui dit Amen, Qui dit Adieu » c’est une reprise d’un texte qui s’appelait « Lequel des 2 » et j’avais envie de le faire avec une femme.
Pierre :
Tu entretiens une complicité avec elle ?
Buzy :
Disons qu’à l’époque avec Téléphone c’était la seule femme du rock français. Ce n’est pas une chanteuse mais une bassiste. Mais je l’aime bien, c’était dur ce qu’elle vivait. Je lui ai demandé de faire ce duo et elle m’a répondu par l’affirmative.».
Pierre :
J’ai l’impression qu’à partir du milieu des années 90 tu faisais vraiment des disques qui te plaisaient ?
Buzy :
Au début des années 90 tu avais tous les artistes des années 80 qui étaient complètement tricards. Personne n’en voulaient plus. Moi j’ai eu la chance de trouver des maisons de disques, en tout les cas pour 2 ou 3 albums, qui ne cherchaient pas à m’ennuyer ou à me donner une direction. Je faisais tout ce que je voulais, notamment sur l’album « Délits » ou je me suis payé le luxe d’être mon propre producteur. Là c’était l’explose. J’ai été travaillé avec le Baron aux Etats-Unis, j’ai cherché des guitaristes à Détroit. C’était l’éclate total.
Pierre :
Quand on voit ce qu’est devenu Dimitri Tikovoï par exemple avec qui tu as travaillé à ses tout début, tu n’as pas l’impression d’avoir toujours un métro d’avance et que c’est usant ?
Buzy :
Ho si ! j’ai toujours eu ça dans ma vie. L’album « Délits » par exemple en 1999, 2000, tout le monde me disait « le rock est mort, tu nous sors un album totalement sombre, undeground, avec un jeune mec aux manettes que personne connaît». Bon maintenant tu vois qu’il taffe avec Placebo, que le rock est sur le devant de la scène à nouveau : ça fatigue.
Pierre :
On peut voir aussi que tu as toujours cassé l’image que l’on se faisait de toi en étant au sud pendant qu’on t’attendais au nord, c’était un réflexe salutaire pour ne pas crever du succès ?
Buzy :
J’ai l’impression qu’à un moment donné de ma vie j’ai voulu me débrider totalement. Au moins quand je fais un album je me fais plaisir ! c’est déjà ça…
Pierre :
Tu peux évoquer l’histoire de la pochette de « L’important (n’est pas d’être important) » ?
Buzy :
C’est tiré d’une séance photo avec Gainsbourg. Je trouvais que c’était les plus belles photos que j’avais jamais faites.
Pierre :
Ta biographie tu la concevais comme une thérapie, en est il de même avec ce disque ?
Buzy :
Non, paradoxalement ça été difficile de monter les 2 CD pour avoir une harmonie. Ca n’a pas été simple, j’ai écouté pleins de remixes que j’avais fais, j’ai du faire un tri drastique dans les DAT, les CD. Ca m’a bien pris le chou pendant 2 mois. (rire)
Pierre :
Quand tu penses à « Borderlove » et au sort de cet album magnifique tu souris ou tu grimaces ?
Buzy :
C’est l’album où j’ai le plus souffert de ma carrière…. Je dirais qu’entre 2000 et 2006 qui est la date de sortie du disque, le métier avait tellement changé que je me suis retrouvé dans un endroit qui ne ressemblait plus du tout à ce que j’imaginais. Pendant ces 6 ans je faisais pleins de choses mais je n’avais plus pied dans l’industrie du disque et voir la façon dont a été accueilli cet album par certains médias je l’ai très mal vécu.
Pierre :
Tu sors un DVD avec tous tes clips, pourrais tu m’en parler ?
Buzy :
Il va y avoir 14,15 clips. Je trouve ça super. Ca me fait beaucoup rire de me voir. Cela correspond à des époques différentes. Avec des coupes de cheveux différents, des fringues destroy. Tu vois au début une petite nana qui a vachement la gnack et au fur à mesure tu t’aperçois que le personnage se dessine, qu’il devient plus sombre… j’adore ça !
Pierre :
Mais on voit dans tes yeux que tu resteras une adolescente ?
Buzy :
Disons que je ne me suis pas abîmée. Je ne suis pas quelqu’un qui se détruit, je n’ai pas ça dans le sang. Globalement je suis assez enthousiaste. Ils n’ont pas réussit à avoir ma peau. Même sur « Borderlove » ou j’ai souffert un temps soit peu des réactions, j’ai eu beaucoup de chance car j’ai vendu plus d’albums que certaines de mes collègues qui ont eu beaucoup de promotion. La réalité c’est quand même les chiffres de ventes, ça veut dire que j’ai des fans, qu’il y a des gens qui me suivent et c’est une vraie et belle récompense.
Pierre :
Que penses tu de cette nouvelle vague de femme forte qui te ressemble comme Adrienne Pauly ?
Buzy :
Moi j’aime beaucoup mademoiselle K qui me fait penser à moi dans les premières années. Adrienne Pauly ce qui est étrange c’est qu’on se ressemble physiquement. Bon elle dit qu’elle veut un mec et moi à l’époque toute proportion gardé j’écrivais « Adrénaline » qui est un peu l’inverse. Cela correspond certainement à une évolution sociologique de générations. En 82, je parlais d’un mec qui était chiant et pas très intéressant et elle, elle en cherche un.
Pierre :
Je connais bien ta manière d’évaluer la place de la femme dans la société, que penses tu de l’idée d’élire un président sur le seul fait qu’elle soit une femme ?
Buzy :
C’est de la démagogie. Je me demande si elle est vraiment si femme que ça cette dame là. En tout cas, je ne sais pas si l’évolution des mœurs, en tout les cas en France, lui permet d’avoir les coudés franches pour ne pas être manipulé par derrière.
Pierre :
Qu’est ce qui fait courir Marie-Claire en 2007 ?
Buzy :
Tout ! les voyages, mes collages car je prépare une exposition. La scène avec quelques dates à l’étranger. Mon forum. My Space. Tous les matins je vais regarder et je réponds personnellement. Prendre du plaisir aussi, pas tout marqueter : je ne suis pas quelqu’un qui marquette sa vie.