Chronique Album

Jil Caplan - Chronique Album "Derrière la Porte" - Pierre Derensy


La jeune fille des années 90, contrairement à ses idoles de cinéma restées figées dans le temps, elle s’est affairée dans un même temps (et une discographie chaotique) pour se construire sa propre personnalité sans jouer un rôle, apprenant à se méfier des itinéraires tout tracés et a reçu plus que d’autres, beaucoup de plomb dans les ailes.

Heureusement pour les ornithologues de toutes plumes, elle revient chatouiller les pieds et les oreilles pour nous donner des frissons de plaisir avec un album à fleur de peau s’intitulant « Derrière la Porte ».

Mis à part « De Toutes Petites Choses », single porteur pour l’ensemble, ce disque s’apparente à une belle mise en abîme des démons de Jil Caplan, « On n’entre Plus chez Toi » en est l’exemple parfait, sur une boucle triballe de Jay Alanski (ce binôme incontestable des heures de gloire s’est reformé après 10 ans de routes divergentes), les paroles au cutter de Jil Caplan remuent les tripes et mettent la tête à l’envers.

Avec le courage de dire les choses enfouies sous le sable, à petites touches sur une toile redevenue vierge, par l’entremise de sonorités simples et sincères comme des clappements de main sur « Chez Moi » (qui rappelle Camille), Jil Caplan saisit et restitue avec minutie l’authenticité et la vérité d’une femme comme toutes les autres, loin de l’icône glam.

Mais plus que tout, ce disque est un disque de conviction, de douceur et d’amour charnel. La femme s’est reconstruite à force de détermination, à la faveur de l’obscurité, grisée par l’inspiration, pénétrée par la nuit au moment où tous les chats deviennent gris, souhaitons que l’artiste soit elle aussi, non plus derrière mais devant la porte.