Christophe - Chronique Album "Aimer ce que nous sommes" 2008

Christophe - Concert Le Palace (Paris) 2011




Chronique Album

Christophe - Chronique Album "Aimer ce que nous Sommes" - Pierre Derensy


C’est tendance de lancer des fleurs au dandy nocturne qu’est Christophe depuis son retour branché en 1996 après une très (trop) longue absence. 3 albums en 12 ans, ce qui amplifie encore le coté « phénomène étrange » donc In, et à ne pas critiquer qu’est devenu le dernier des Bevilacqua. Christophe est un monstre et j’ai d’autant moins de scrupules à le dire que je suis fan de lui depuis tout petit et que je n’ai pas honte à trouver « Ne Raccroche Pas » (reconnaissable à ce ‘Allo Stéphanie’ et sa musique chalala pour les moins puristes du personnage) comme un sommet de la chanson française.

Je ne vous imposerais pas une explication de texte sur le titre qui est à lui-même somptueux. Rentrons dans le vif du disque. Le mot est rare, soufflé au carrefour de la distance et de l’imprégnation magique. Quant à la musique de Christophe, et c’est ça qui importe le plus au fond (tant pour lui que pour nous) : c’est un opéra baroque instable, un talon aiguille monté sur un bas de soie, le soleil de l’Andalousie qui éclaire les nuits de David Lynch.

Jouir ou souffrir à travers cette convoitise d’être seul au milieu du monde. Grâce à son autonomie abstraite, Christophe s’est payé le luxe de vivre de sa liberté. Comme il le dit lui-même dans deux phrases mythiques, au détour d’autres choses aussi précieuses qu’importantes dans ce disque et qui résument à elles seules ce personnage décalé :« L’obscurité est la lumière des fous » et « C’est de la folie d’être équilibré ».

Rapide comme un missile et délicat comme une belle marqueterie, pilote de formule 1 ou marcheur solitaire, "Aimer Ce que Nous Sommes" pourrait être un index de l'oeuvre du chanteur, mais cet inventaire exhaustif serait absolument et sans contestation possible plus important et raffiné que l'oeuvre complète, considérée presque comme une dernière retouche à la forme la plus aboutie de l’élégance.

La cadence syncopée de la piste «Interview de… » (Une redite d'un ancien titre mais encore mieux formulé aujourd’hui), le thème disco kitch de « Tonight Tonight » et toutes ces boucles, ces cuts à l’amour impossible font de moi que j’aime ce qu’il est. Enregistré entre Paris, Londres, Séville, vous aurez droit entre autre à la présence d’Isabelle Adjani pour ouvrir le disque, la trompette d’Erik Trufaz, une chorale gitane sur « It Must Be a Sign » (procurez vous la BO de « La Route de Salina » pour compléter ce titre) et le chef d’œuvre du disque.

« Parle Lui de Moi » qui devrait envoyer Christophe au panthéon des génies. Grâce à ce retour, on ne me dira plus « ha ouais chouette tu aimes Christophe mais lequel des deux : Maé ou Willem ? ».